L'ARTID développe un nouveau concept de déminage consistant à laisser tomber en chute libre une nappe de chaînes lourdes sur une surface donnée d'un sol à déminer. Etant donné que les dimensions de la nappe de chaînes sont d'un ordre de grandeur supérieures à la profondeur du déminage à effectuer et que la nappe de chaînes constitue une masse uniformément répartie, l'impulsion mécanique communiquée au sol est uniformément répartie et on peut escompter que les contraintes générées dans le sol seront uniformes et verticales, car les contraintes latérales n'entreront en ligne de compte que pour des profondeurs de plusieurs m. Il est donc justifié de poser l'hypothèse simplificatrice du comportement monodimensionnel des phénomènes produits dans la zone d'intérêt de quelques dizaines de cm.

Modélisation simplifiée

Le compactage dynamique consiste à réaliser des chutes successives de masses importantes sur le sol, afin d'obtenir des sols plus denses et à caractéristiques mécaniques améliorées (voir le procédé MENARD [1] par exemple). La modélisation des contraintes et tassements produits par la collision d'une masse uniformément répartie sur un sol a été réalisée dans ce cadre.
Une modélisation monodimensionnelle est décrite par R. A. SCOTT et R. W. PEARCE [2] et appliquée à des situations comparables à celles d'intérêt pour le déminage : avec des hauteurs de chute modestes, des chutes répétées produisent une zone de sol compacté dont l'épaisseur augmente. Nous nous restreindrons à la première phase du processus, c'est-à-dire à l'obtention de contraintes élevées dans le sol.
On pose :
V= vitesse de la masse M, répartie sur une surface A
x : déformation du sol sous l'effet de l'impact
Es : module dynamique de déformation du sol (module d'élasticité dynamique)
n : coefficient de Poisson
h : hauteur de chute, accélération de la pesanteur g
r : masse volumique
c : vitesse du son dans le sol
s : contrainte à la surface du sol (en monodimensionnel, seule la contrainte dans l'axe vertical est prise en compte)
Après les premiers instants de la collision, on peut admettre avec R. A. SCOTT et R. W. PEARCE que la contrainte initiale à la surface est donnée par :
s 0 = r c V (1)
L'élasticité du sol est représentée par S, équivalent à la constante du ressort,
S= 2 a E /(1-n²) (2)
L'amortissement résultant de l'absorption d'énergie par les ondes de contrainte dissipées dans le sol est défini par :
R= A r c (3)
La contrainte de surface est équilibrée par l'élasticité du sol (proportionnel à la déformation du sol x) et l'amortissement (proportionnel à la vitesse de déformation du sol dx/dt) :
s = R dx/dt + S x (4)
Cette contrainte de surface résulte de la décélération de la masse M : -M (d²x/dt²) 
L'équation de mouvement de cette masse s'écrit :
M (d²x/dt²) + R dx/dt + S x = 0 (5)
On définit w² = (S/M–R²/4M²) w la fréquence angulaire de résonnance libre de la masse M.
Si on est proche de la résonnance (w très petit, S~R²/4M), on peut utiliser la forme plus simple :
Avec t = 2M / A c r constante de temps
x = V*t * exp(-(A r c /2M)t) = V*t * exp(-t / t) (6)
s r c V * exp(-(A r c /2M)t) * [1- A r c t/4M] (7)
s = r c V * exp(- t/t) * [1- t/2t]
On peut faire quelques remarques :
La vitesse du son c, qui intervient à la fois en facteur multiplicatif dans la contrainte et au dénominateur de la constante de temps t dans le sol varie très fortement avec le degré de saturation en eau du sol : pour un sol non compacté et non saturé on a c = 160 m/s ; pour un sol saturé en eau, c atteint 1000 m/s. Il est difficile de faire des prévisions quantitatives, car la vitesse du son dans le sol est très délicate à mesurer (il en va de même pour le module d'élasticité).
Parmi les paramètres du concept DEMICHAIN, le niveau de contrainte initiale dépend uniquement de la vitesse de chute lors de la collision, c'est-à-dire de la hauteur de chute des chaînes. Il ne dépend pas de la masse. Celle-ci intervient dans la durée à mi-hauteur de la contrainte (t½ = 0,44 M /  s c A).
On peut appliquer ces calculs au concept DEMICHAIN, pour lequel quelques valeurs caractéristiques du prototype sont présentées ci-après.
Pour une hauteur de chute de 3 m, la vitesse V est de 7,8 m/s. La masse M est de 1300 kg pour une surface A de 7 m². L'énergie spécifique au cours de la chute d'une nappe de chaînes est de l'ordre de 5500 J/m².
Si on prend en considération un sol non saturé en eau, on calcule d'après (1) une contrainte initiale à la surface de l'ordre de 2,5.106 N/m².
La constante de temps de l'exponentielle t est d'environ 1 ms ; la durée à mi- hauteur de la contrainte en surface sera de l'ordre de la demi- milliseconde.
On peut estimer que, pendant une fraction de milliseconde, la contrainte à quelques cm sous la surface sera de l'ordre de 106 N/m².
Pour un plateau de pression de 10 cm², la force sera de 1000 N ; pour un plateau de 100 cm², la force sera de 10000 N. Ces forces sont très nettement supérieures aux forces nécessaires pour déclencher une mine.
Il est plus difficile de discuter la durée pendant laquelle les forces s'exercent sur un plateau de pression enterré.
Il faut noter que, pour des contraintes de l'ordre de 106 N/m², on dépasse la limite élastique (située vers 3.105 N/m²) et une partie de l'énergie sert à compacter le sol. Dans ce sol compacté, le module d'élasticité et la vitesse du son vont augmenter (augmentation de la contrainte en surface) ; par contre, les déplacements seront plus faibles. Certaines mines, dans lesquelles le plateau de pression subit un déplacement important avant d'autoriser l'amorçage, risquent de ne plus être amorcées.

René Joecklé

[1]   M. MENARD "la consolidation dynamique des sols de foundation" conferences ITBTP (1974)
[2]   R. A. SCOTT , R. W. PEARCE "Soil Compaction by Impact", Institution of Civil Engineers: Symposium Report (1976)